Bullshit Ent

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dimanche 11 janvier 2015

Classement 2014

Bonsoir à tous ! Cette semaine on échappe à la traditionnelle critique. Tout d'abord parce qu'il n'y a pas grand chose de super intéressant au ciné (enfin il y a bien Exodus : Gods and Kings mais je l'ai vu il y'a deux semaines), et surtout parce qu'il fallait bien faire le classement de l'année 2014.

Car oui, ça ne vous aura pas échappé : mais nous sommes en 2015 !
2014 a donc été une année sympathique en terme de cinéma, même si 2013 semblait plus fournie. Pour moi, l'année passée était placée sous le symbole du blockbuster et du grand divertissement, j'essayerais donc de changer la donne avec 2015.
MAIS BREF, on ne va pas attendre plus longtemps : voici les meilleurs films de l'année 2014 selon Bullshit Ent !

11. INTERSTELLAR - Christopher Nolan - États Unis

Véritable bombe cinématographique de l'année 2014, Interstellar aura su déchirer la critique, la toile, et le public. Avec ce long métrage centré sur les voyages spatiaux et la physique quantique, Christopher Nolan rappelle qu'il est un maître incontesté d'Hollywood qui sait repousser le plus possible certaines limites du cinéma.
Le film avance au rythme de Matthew McConaughey qui dévoile son talent d'acteur redoutable et qui mène l'histoire à bien. Le mindfuck final en surprendra plus d'un, et c'est d'ailleurs son scénario qui a hissé Insterstellar à la 11e place de ce classement.
Visuellement époustouflant, Interstellar dépasse largement les meilleurs plans de Gravity qui a l'air étrangement faux et artificiel à côté de lui.
Enfin mention spéciale à TARS qui a le mérite d'être un comic-relief, simple et très efficace.

10. LUCY - Luc Besson - France

Tout le monde se souviendra de Lucy. Le film français qui a tout changé pour le cinéma français. Luc Besson a montré qu'on était tout à fait en mesure de faire du grand spectacle renversant, tout en faisant un film plus philosophique et ambitieux.
La réalisation s'impose comme étant l'apogée du style Besson : un coup c'est du Nikita, un coup c'est du Léon... Bref, du très haut niveau pour ce film, qui peut également se vanter d'une esthétique très singulière et tout autant réussie.
Bien sur, comment ne pas mentionner la performance de Kitty Scarlett dans le rôle titre, la Reine d'Hollywood étale son talent pendant une heure et demie qui passent comme quarante minutes.
Car oui, le film est extrêmement bien rythmé, et on en redemande toujours plus !
Luc Besson signe ici un chef d'oeuvre rarissime (sinon le chef d'oeuvre de sa carrière, on a du mal à croire que c'est lui qui a fait la saga Arthur) bien plus ambitieux qu'il n'y parait au premier abord.

Double lecture obligée pour ce Lucy qui mérite amplement sa 10e place.

9. NOÉ - Darren Aronofsky - États Unis

Si vous suiviez Bullshit Ent en Avril, vous savez bien que j'ai été bluffé tout du long par Noé de Darren Aronofksy.
Le film reprend le mythe biblique du Déluge et de l'Arche de Noé, mais se donne des allures beaucoup plus personnelles, et ne tombe pas dans le cliché basique du film sacro saint sympathique fait pour plaire aux américains puritains.
Non, ici c'est un film noir et ésotérique qui nous est livré. Violent parce que dur, mais fascinant parce qu'unique, Noé amène ce classement à un tout autre niveau. C'est du jamais vu. Et d'ailleurs du tellement jamais vu qu'il a déchiré la critique, puisqu'un grand nombre de gens appelle au massacre de la Bible, ou opte simplement pour dire que le film est juste une belle merde.
Mais ne vous y méprenez pas, Noé est une expérience cinématographique unique, qui respecte la religion comme la science, mais qui se respecte avant tout.
Russell Crowe et Anthony Hopkins sont parfaits dans leurs rôles de patriarches, et puis Emma Watson n'est pas mal non plus !

Darren Aronofksy maintiens son style psychédélique, et emmène Noé à la 9e place.

8. LE VENT SE LÈVE - Hayao Miyazaki - Japon

La mauvaise nouvelle de cette année c'était la révérence de Hayao Miyazaki, le grand maitre du cinéma japonais.
Pour son dernier film, Miyazaki choisit de raconter l'histoire émouvante d'un petit garçon qui rêve de devenir ingénieur en aviation dans le Japon des années 20. Bien différent des autres films du réalisateur, le long métrage ne laisse qu'une petite place à l'onirisme, et préfère rester terre à terre.
Mais le pari est réussi, et le film fait vite venir les larmes. L'animation est toujours aussi exceptionnelle et fluide, d'autant plus qu'elle est couplée à une bande son très réussie et à des effets sonores uniques.
Hayao Miyazaki laisse un grand film derrière lui qui transmet un grand message, et il nous faudra un peu de temps avant qu'un réalisateur ambitieux vienne remplacer le Walt Disney japonais dans nos coeurs.

En attendant Le vent se lève atteint avec brio la 8e place.

7. LIBRE ET ASSOUPI - Mathieu Lamboley - France

Tiens, un film qui ne figure pas sur Bullshit Ent.
Et non, car je n'ai vu Libre et Assoupi que bien après sa sortie. Il n'empêche que le film m'a grandement interpellé car il émane de lui une atmosphère chaleureuse et rassurante. 
Il nous raconte l'histoire de Sébastien (...) qui n'a qu'une ambition dans la vie : ne rien faire. Interprété par Baptiste Lecaplain, le personnage de Sébastien saura plaire à tout le monde tant il est agréable à regarder évoluer. D'ailleurs vous serez vite empreint de sa philosophie après le premier visionnage, et c'est là la force du film : il touche son public.
Aux côté de Baptiste Lecaplain, on retrouve Charlotte Le Bon et Félix Moatti qui jouent également très bien, mais aussi Denis Podalydès qui nous dévoile une autre facette de son talent grâce pourtant à un petit rôle.

Libre et Assoupi est un film particulièrement bienveillant, je le conseille à tous.
Anecdote : je l'ai vu un soir à minuit, le lendemain j'avais cours, une fois terminé je l'ai regardé une nouvelle fois pour être sur que c'était un très bon film.

6. FURY - David Ayer - États Unis

Le game change avec Fury. Véritable renouveau du film de guerre, Fury nous aura tous marqué par sa violence et son honnêteté.
Il apporte une nouvelle vision de la Seconde Guerre Mondiale, celle des pilotes de char. Il est intéressant de noter par ailleurs que Fury respecte scrupuleusement la vérité historique.
Outre ses qualités de bases, Fury est d'une richesse cinématographique notable (scène du duel, tabous brisés...) et David Ayer a pris certains risques sur un projet pourtant considérable.
Les efforts payent largement et Fury devient un film prenant et intense, et surtout passionnant.
Devant la caméra on retrouve Brad Pitt qui reprend sa casquette habituelle de grand héros américain, mais qui pourtant transpire la douleur et la froideur à la perfection. On souligne également la présence d'un Shia Labeouf en forme qui reste à mes yeux un acteur largement sous-estimé.

Fury est sans conteste le nouveau soldat Ryan. Bienvenu à la 6e place.

5. WRONG COPS - Quentin Dupieux - France

Wrong Cops ce n'est pas du cinéma, c'est le contraire, c'est de l'anticinéma.
Ce film n'a rien à voir avec ce que vous avez déjà connu, comme beaucoup des films de Quentin Dupieux. Décrit comme déjanté, il n'en est rien, le film est d'une cohérence absolue, mais est juste à contre courant des codes cinématographiques actuels.
Court mais intense, Wrong Cops déborde d'un humour cru et grinçant qui ne plaira sûrement pas à tout le monde. Visuellement attirant, le film a hérité de l'ambiance propre aux oeuvres de Quentin Dupieux. Ce dernier a laissé son empreinte sur ce film qui pourrait bien être un genre de premier paroxysme du style Dupieux dont les voix sont impénétrables.
Wrong Cops constitue une expérience cinématographique à part entière qui franchit tout simplement les limites du genre.

Rien de surprenant donc à voir Wrong Cops à la 5e place.

4. THE INTERVIEW - Seth Rogen et Evan Goldbergh - États Unis

Le voilà enfin, le film qui a fait trembler Hollywood et le monde !
Je l'ai adoré, le film porte l'héritage de la bande de Judd Appatow et de C'est la Fin, et déborde de ce même humour à la fois fin et potache qui a fait leur succès.
Très bien travaillé tant le sujet l'exigeait, The Interview s'est fait des ennemis dans le monde du cinéma, mais je demeurerai un de ses partisans et verrai dans ce film la promesse d'un renouveau toujours plus qualitatif de la team Appatow et par extension du cinéma américain qui commence à tourner en rond tant les réalisateurs innovants tendent à vieillir.
Beau, bon, et barré, The Interview achèvera de vous convaincre de regarder ses mystérieux Supergrave et Pineapple Express.
James Franco, Seth Rogen, et Randall Park sont toujours aussi bons dans leurs rôles qui innovent ici un petit peu comparé à ce que l'on a pu voir.

Bref, The Interview mérite cette 4e place.

3. LES GARDIENS DE LA GALAXIE - James Gunn - États Unis

Encore un film absent de Bullshit Ent mais qui pourtant m'aura convaincu à 100%.
Excellentissime, Les Gardiens de la Galaxie n'est autre que le dernier Marvel qui marque une pause entre l'epicness des autres films.
Baigné dans un humour grand public très efficace, Les Gardiens de la Galaxie peut compter sur sa gamme de personnage extrêmement variée pour faire rire. Le soin qui leur est apporté est tout à fait louable tant le film est drôle, on rit presque à chaque seconde, bref mission réussie.
Mais ce n'est pas tout ! Le film est également un très bon film de science fiction : l'univers est creusé et travaillé et s'intègre tout à fais l'humour de James Gunn (pourtant inconnu jusqu'ici), et d'ailleurs on assiste à des scènes véritablement impressionnantes, on se demande même ce qu'elles font là bordel. Je pense notamment à la bataille spatiale qui vaut tout ce qui a déjà été fait dans le style.

Le film aura eu le mérite de révéler le classieux Chris Pratt qui figure d'ores et déjà au casting de Jurassic World.
Bref, un film à voir absolument.

2. TEL PÈRE TEL FILS - Hirokazu Koreeda - Japon

Qui l'eut cru, un film japonais dans le top 3.
Mais voilà, il faut bien dire ce qu'il faut dire : Tel père tel fils est un grand chef d'oeuvre. Un huis clos intimiste qui pourtant a le même scénario de base que La vie est un long fleuve tranquille, bordel il fallait le faire.
C'est vraiment dur de vous expliquer en quoi ce film est si parfait tant il y aurai de choses à dire. Réalisation soignée, ingénieuse, et fluide. Casting parfait. Esthétique travaillée. Musique de premier choix. On ne sait plus où donner de la tête avec toutes ses qualités, et plus j'en parle et plus je le vois, plus Tel père tel fils devient bon.
Brièvement drôle et indubitablement sérieux, le film reste tout de même assez dur par moment et même les moins sensibles d'entre vous seront touchés (même moi j'ai eu une larme, c'est dire).

Tel père tel fils est un film qui s'inscrit à perfection dans la tradition du cinéma japonais, et mérite toute votre attention, comme il a mérité celle de Spielberg qui lui a accordé le prix du jury du festival de Cannes.
Je lui décerne le label "Grand Film".

1. THE GRAND BUDAPEST HOTEL - Wes Anderson - États Unis

Le voilà, le film de l'année 2014.
The Grand Budapest Hotel c'est une sorte d'apothéose cinématographique. C'était un peu le film qu'on attendait tous depuis longtemps et qui, ça y est, arrive sur un beau plateau d'argent.
Forgé dans le style Andersonien, géométrique, millimétré, onirique, The Grand Budapest Hotel se laisse regarder encore et encore, tant il est attendrissant et bienveillant.
Un film intelligent et fin, qui sait rester drôle sur la durée grâce à des ressorts scénaristiques très intéressants. Et que dire de ce casting rocambolesque, ou de cette triple mise en abime, ou même de cette façon de changer la caméra selon les époques ? Et comment ne pas mentionner les décors prenants et amusants ?
Sans conteste le plus grand film de Wes Anderson, mais aussi le plus grand film de l'année 2014, The Grand Budapest Hotel n'a qu'un seul défaut : Léa Seydoux et son petit rôle médiocrissime.
Les mots manquent pour décrire ce long métrage qui parle aux adultes avec un langage d'enfant.

Bref 2014/20, le film de l'année.


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Voilà, ce classement touche bel et bien à sa fin, j'espère qu'il vous aura plu. Et je vous dis à la semaine prochaine pour une critique régulière !


dimanche 4 janvier 2015

The Riot Club - Lone Scherfig

Bonjour tout le monde, et par la même occasion, bonne année 2015.
Effectivement, vous l'avez sans doute remarqué, mais 2014 s'est achevé il y a quatre jours et nous revoilà tous repartis pour une nouvelle année qui sera, je l'espère, chargée cinématographiquement.

Pour bien démarrer cette année 2015 on se retrouve avec un film britannique qui n'a fait étrangement pas trop parler de lui dernièrement : The Riot Club de Lone Scherfig.

MISE AU POINT

J'avoue être allé voir The Riot Club un peu au hasard, juste parce que j'avais déjà vu Le Hobbit, Exodus, La French, et Interstellar. Du coup je ne savais quasiment rien sur le film, j'avais juste vaguement vu une bande-annonce rapidement. Bref en cherchant après coup j'ai donc appris que Line Sherfig était la réalisatrice de ce long métrage, et surtout que c'était une inconnue, du moins à l'échelle française. Elle a réalisé une dizaine de films, mais les sorties sont très irrégulières (on passe de deux par ans, à un tout les huit ans).
Pour ce qui est du casting, on a déjà à faire à des têtes plus connues : on retrouve Sam Claflin (Finnick de Hunger Games), Douglas Booth qu'on avait croisé dans Noé, et Natalie Dormer, la sulfureuse Lady Margaery de Game of Thrones. Le reste du casting est composé d'un panel de jeunes mâles dans la fleur de l'âge mais qui se sont cantonnés à des rôles secondaires dans des comédies anglaises que vous ne soupçonnez même pas.

Les bandes annonces nous vendaient des fêtes, de l'or, et de la débauche, mais l'équipe technique reste majoritairement inconnue : rien d'effrayant pour le cinéma anglais que je décris volontairement comme du cinéma français en plus hardcore.
"Challenge accepted".

 DÉVELOPPEMENT

Je suis un peu surpris, mais j'ai vraiment aimé The Riot Club.
J'ai passé un excellent moment en le regardant, je me suis très rarement ennuyé, bref l'expérience du film était agréable, et déjà ça veut tout dire.

Pour comprendre l'intérêt de The Riot Club il faut déjà revenir sur son scénario :
On nous raconte l'histoire de dix jeunes d'Oxford qui constituent une fraternité élitiste secrète au sein de la fac : Le "Riot Club". Le club existe depuis des siècles et a pour vocation de faire vivre des expériences de débauche inoubliable à ses membres en attendant l'arrivée dans la vie professionnelle.
Le film s'attarde sur le parcours de deux nouveaux élèves : Alistair Ryle (Sam Claflin) et Miles Richards (Max Irons) qui sont sollicités pour faire leur entrée dans ce Club très sélect.

Alors oui, le scénario n'est pas très original en lui-même, et on sent un arrière-goût de déjà vu : même The Social Network parlait de ce genre de sujet, et encore c'était une histoire ultra secondaire au sein du film.
Mais se serait une erreur de voir The Riot Club comme un film d'adolescentes, ou un énième Projet X. Déjà parce que ça n'a pas l'air de coller du tout à la filmo et au style de Lone Sherfig, et surtout parce que le film se prend très au sérieux et déborde d'un côté à la fois "trash " mais aussi "classy", là où les party movies se contente du côté trash.
Et surtout : The Riot Club s'offre le luxe d'un vrai développement du scénario et pas seulement d'un enchainement de vannes drôles mais répétitives (oui c'est à toi que je pense Projet X, et pourtant je t'aime bien tu sais…).
Je garde ça pour la fin, parce qu'il y a matière à dire.

Au niveau de la réalisation, Lone Scherfig a un style très personnel. J'ai rarement vu quelque chose de semblable au cours des dernières années. Le film joue en fait énormément sur la lumière et les filtres pour faire varier l'ambiance (c'est presqu'un film d'ambiance en fait).
Quand on est à Oxford, les couleurs sont chaudes et rassurantes, on rigole bien, bonne ambiance, etc. Mais très vite, le fait de sortir de l'université s'accompagne d'un changement drastique de décor et d'éclairage plus froid et austère qui tend à rappeler que les dix protagonistes ne sont des rois qu'au sein de leur établissement.
Protagonistes au développement intéressant puisqu'ils font tous leur apparition progressivement, et même si certains sont plus importants que d'autres, aucun ne semble plus ridicule ou moins utile qu'un autre. Ils suivent tous cependant le même schéma : le fils à papa/le riche héritier membre de la jet-set d'Oxford, qui est venu ici pour s'éclater à n'importe quel prix. 
Au sein même de ce groupe, certains personnages semblent enveloppés d'une aura unique : bien sur l'opposition entre Alistair et Miles, qui représentent chacun des aspect différents du Riot Club, l'un est cynique, violent, avide de reconnaissance, là où l'autre est chaleureux, intègre, bon vivant, et respectueux ; mais on peut aussi penser au Président du Club, blondinet froid aux allures royales qui donne un certain ton au film (#débauche #fric #pédanterie #toujours plus) et qui pourrait être une version plus stylée de Drago Malefoy, ou bien le beau gosse absolu qui a dû capter l'attention du public féminin et qui rappelle le côté jeunesse dorée.
Si je m'attarde tant sur les personnages, c'est bien parce qu'ils sont au centre de l'oeuvre, c'est d'ailleurs une des seules critiques que j'imposerai au film : on finit rapidement par s'intéresser plus aux personnages, qu'aux propos du film en eux-mêmes.

Ces personnages si intéressants, sont interprétés par une bande d'acteurs relativement fournie, où les charismes s'opposent et se complètent, et où finalement tout le monde trouve sa place et son rôle à jouer (#jeudemot). Au final même ce sont les rôles secondaires qui sont en réserve en comparaison à ce collectif de jeunes acteurs masculins : Holliday Grainer (jouant la copine de Miles) reste fade comme il faut, elle est même dans une certaine forme de sous-jeu alors qu'elle a tout de même une ou deux scènes particulièrement intenses, et même Natalie Dormer semble être juste venue pour montrer sa jolie frimousse.
Rien à redire sur le jeu des autres personnages sinon, j'approuve.

Bref, j'avais parlé du scénario un peu plus haut et de son intérêt, et bien le voilà.
[Attention, ceci est une alerte spoiler, si vous ne voulez pas gâcher votre expérience de film, arrêtez vous là]
Le film a donc été vendu comme un de ses bon vieux films de fête pour les jeunes, ces mêmes jeunes qui ne rêvent que d'être riche et de voir leur vie devenir une longue fête interminable. Et bien à mon avis, c'était un piège depuis le début.
Le film est rythmé en deux parties globalement égales (on va pas chipoter) : une première partie où tout les personnages font leur apparition, on découvre les enjeux du scénario, et où prennent place un certain nombre de gags et de situations décalées qui font sincèrement rire, et une autre partie sous la forme d'un long repas où le film prend un tournant complètement différent.
Et c'est là qu'est le piège : la bande annonce ne vend en fait que la première partie, qui correspond effectivement à l'idée que l'on peut se faire d'un film qui parle de jeunes et de fêtes. En fait, le film aurait pu s'arrêter à la fin de la première partie, on aurait pas été surpris et on se serait juste dit "c'était un peu cours quand même".
Et puis arrive cette deuxième partie où tout dégénère pour les jeunes hommes : le Riot Club nouvellement constitué se rassemble dans un restaurant gastronomique de campagne dans le but d'élire leur nouveau président, puisque l'actuel titulaire quitte la fac à la fin de l'année. Mais rapidement le repas atteint des sommets de débauche exceptionnels : toujours plus de plats, d'alcools, le Club devient sévèrement désagréable avec le personnel et se prend pour des petits princes, la drogue commence à circuler, une prostituée intervient, les garçons deviennent fous et commencent à ravager la pièce, la rivalité Alistair/Miles atteint son paroxysme quand la copine de Miles arrive au restaurant par erreur (Alistair l'a en fait sollicité) et que le Club lui propose de remplacer la prostituée… et puis finalement l'apothéose intervient lorsque le gérant du restaurant essaye de les faire partir, et que les garçons choisissent de lui éclater sévèrement la gueule sous l'impulsion d'Alistair. Le gérant s'en sort de justesse (mais gravement blessé) parce que Miles appelle une ambulance. La police arrête ensuite les membres du Club et Alistair est jugé comme responsable.
THE END.

Un coup dur : le film passe en une minute à quelque chose de violent et parfois même dérangeant alors que jusque là on s'amusait bien tranquillement.
Comme je l'ai déjà dit : c'est là l'intérêt du film, en vérité Lone Scherfig diffuse ici un avertissement et montre les effets dévastateurs d'une trop grande débauche, le cercle vicieux de la violence qui transforme les héritiers des meilleurs familles du Royaume Uni en bêtes sauvages assoiffées de sexe, d'alcool, et même de sang.
Le film est peut-être même un réquisitoire contre l'aristocratie britannique débauchée qui pisse sur le peuple depuis plusieurs siècles et qui peut tout s'autoriser sans en craindre les conséquences. 
Les dernières images sont réservées à Miles qui refuse de rester dans le Riot Club, et qui choisit la voie de la rédemption là où ses anciens camarades préfèrent prendre le risque de recroquer dans la Pomme et de rouvrir la boite de Pandore. 

The Riot Club est bien plus qu'un simple film de genre qui voudrait juste vous faire passer un bon moment, et derrière ses aspects banals, il véhicule un vrai message et c'est difficile d'y rester insensible tant Lone Scherfig insiste sur les aspects noirs de l'histoire.
The Riot Club n'est pas sans rappeler un certain film français que j'aime beaucoup : La Crème de la crème de Kim Chapiron où des étudiants d'HEC fondent un réseau de prostitution au sein de leur école et finissent par en payer les lourdes conséquences. Je recommande également.

CONCLUSION 

The Riot Club est un bon film, baigné dans un humour très très efficace (je pense notamment à la scène d'ouverture qui explique la fondation du Club), et qui n'hésite pas à imposer son message au spectateur.
Beau et soigné, c'est un film agréable à regarder ; même si certains rôles secondaires font tache dans le décor et que les personnages principaux deviennent rapidement plus importants que l'histoire elle-même.
Un petit mot pour la musique également qui ne restera pas dans les mémoires, ce qui est un peu regrettable.

Bref, je recommande fortement, ciao tout le monde et bonne année encore.

LE MOT DE LA FIN

Cette semaine et pour bien commencer l'année, le mot de la fin revient à Islay qui nous vient d'Écosse et qui nous dit en VO :
"I thought the movie was quite good and interesting. We could see what a student life was to a certain extent in this kind of university which is excessive parties but also hard working for some students in order to pay their students loan and to keep up with each others. However the main theme, the riot club, wasn't what I expected. The movie only showed one diner that indeed went completely wrong but I thought they would have showed various "experiments" of this club throughout the whole year. All in all it was a good movie but it could have been an amazing one if they used the riot club in a different way."

Thank you Islay, et à la prochaine tout le monde. 

dimanche 14 décembre 2014

[Série] - Marco Polo - Épisode 1

Bonsoir tout le monde.
L'heure est grave, en raison d'un bac blanc qui m'a pris en traitre (le félon), j'ai été dans l'incapacité d'aller au cinéma (semaine de sortie du Hobbit 3 tout va bien).
En revanche, j'ai eu le temps d'assister au lancement de la nouvelle série évènement signée Netflix© : Marco Polo.
Et, surprise, ça n'a rien à voir avec le polo.

MISE AU POINT

Après cette blague plutôt moyenne, attardons nous sur les origines de la série.
HBO c'est l'ennemi ancestral de Netflix. Ils se sont moqués d'eux au début (le célèbre épisode de l'armée albanaise) et maintenant ils s'en mordent les doigts. Il ne reste plus qu'un seul obstacle à la victoire de Netflix sur la chaîne télévisée : défaire Game of Thrones.
Et c'est une tâche ardue que de vaincre "GoT" : il faut bien l'avouer, on est tous plus ou moins fan bordel.
Mais Reed Hastings (le capitaine de l'armée albanaise) n'a pas dit son dernier mot et pour parer à la série médiévale occidentale politique et militaire de HBO, il dévoile sa série médiévale orientale politique et militaire à lui : Marco Polo.

Il va falloir faire appel à vos souvenirs de 5e : Marco Polo est un explorateur vénitien qui a voyagé sur la Route de la Soie à travers l'Empire Mongol de Kubilai Khan qu'il a rencontré en personne.
Cette série raconte, surprise, leur histoire.

DÉVELOPPEMENT

Pour réaliser Marco Polo, Reed Hastings a laissé la barre à John Fusco qui avait déjà travaillé sur Spirit et Hidalgo (non).
Et on peut dire que Fusco aime le grandiose. Des décors gigantissimes et somptueux, très réalistes ; des costumes d'époques qui feraient pâlir la plus belle armure du "Kingslayer" de GoT… Bref, visuellement John Fusco a insisté.
Et il le fallait : la campagne de communication autour de Marco Polo promettait beaucoup de choses, et la déception aurait laissé un gout amer dans les yeux du public (un goût dans les yeux, c'est mon côté poète). Un défi réussi : ce premier épisode laisse la part belle au voyage de l'italien à travers l'Asie, nous laissant découvrir une multitude de paysages de Venise jusqu'au Palais des Khans. 

Côté casting le premier épisode dévoile les principaux personnages : Marco Polo, interprété par Lorenzo Richelmy (qui avait déjà fait une apparition dans Borgia), Kubilai Khan joué par Benedict Wong, et Niccolo Polo incarné par Pierfrancesco Favino.
Un premier épisode étant ce qu'il est, il est difficile de noter la performance du casting à ce niveau là de la série. En revanche quels choix ! Lorenzo Richelmy semble taillé pour le rôle du jeune aventurier prisonnier des Mongols, et inutile de préciser l'imposant charisme de Benedict Wong dans le rôle de l'Empereur du Monde.
Le choix du casting est donc, jusqu'ici, pertinent - bien que les deux personnages évoqués précédemment ont l'air d'engloutir un peu tout les autres.

D'une autre manière, la réalisation est soignée. Les plans sont d'une rigueur extrême, rien n'est laissé au hasard. On pense aux travelling de la salle d'audience qui durent des heures et qui font monter la tension, ou aux panoramiques grand angles pour filmer la nature dans toute sa grandeur.
Mais ils savent aussi se fluidifier pour mieux servir les quelques passages d'actions qui parsèment cet épisode 1 ! Notamment le combat aveugle/serpent.
Le travail technique et artistique de la caméra est très bien réalisé, John Fusco connait ses codes et il sait les manier à merveille.

Pour ce qui est du propos, l'épisode 1 sert de scène d'introduction : on comprend le périple de la famille Polo, l'état de l'Empire, les ennemis, les gentils, on devine la suite. Bref, tout va bien.
Vraiment ? Et bien non, car c'est là que Marco Polo flanche : tout va trop vite. On a à peine le temps de répondre à un texto que le voyage est terminé et que Polo est en Chine. Idem pour les principaux tenants et aboutissant de l'intrigue : on comprend vaguement qu'il y a des méchants chinois qui s'opposent à la suprématie des méchants mongols et que le gentil Marco est pris au milieu de tout ça malgré lui.
Les noms des divers personnages secondaires qui vont constituer le champ politique de la série sont déjà très nombreux, et on a du mal à tout lier. De son côté Game of Throne était moins audacieux à ses débuts et nous laissait tendrement appréhender toute l'ampleur politique de la série progressivement.
Est ce que John Fusco a délaissé le fond pour la forme dans ce premier épisode ? Certainement, ça saute aux yeux même. Puisqu'au final il ne se passe rien à proprement parler si ce n'est au tout début et à la fin. 
Vous allez me dire "Mais dans GoT c'était pareil !", oui mais dans GoT c'était réussi. 

Ce premier épisode manque cruellement de propos au final, et semble juste vouloir en mettre plein la vue, et faire passer le message "regardez comment ça claque, regardez la suite !"

CONCLUSION

Le premier épisode de Marco Polo souffre de grave inégalités dans la manière de traiter le fond et la forme.
Visuellement excellent, il s'oublie vite lui même ce qui est dommage pour une série historique avec un tel potentiel. Mais tout n'est pas perdu ! Il y a fort à parier que ce premier épisode n'était là que pour harponner son public et que la série commencera réellement d'ici le prochain.
Affaire à suivre, en attendant je recommande quand même de regarder Marco Polo notamment pour attendre la prochaine saison de Game of Throne ou de House of Cards.

lundi 8 décembre 2014

La French - Cedric Jimenez

Bonsoir bonsoir, aujourd'hui j'ai essayé de faire honneur à la production culturelle nationale, en effet, je suis allé voir un film français: La French.

MISE AU POINT

Par où commencer ?
La French raconte l'histoire vraie de l'enquête menée par le Juge Michel contre un réseau de trafic d'héroïne basée à Marseille : La French Connection.
Le réalisateur n'est autre que Cédric Jimenez, dont vous n'avez probablement jamais entendu parler, moi non plus, ce qui s'explique principalement par le fait que sa filmographie ne contient que deux films (en compant celui là). Mais malgré cette non-célébrité, Cédric Jimenez sait bien s'entourer puisque se tiennent à ses côtés le fameux Jean Dujardin et Gilles Lellouche.
On part sur de bonnes bases avec La French donc, un beau casting et une histoire intéressante. La base.

DÉVELOPPEMENT

La French pète le feu.
Je veux dire, La French est un très bon film. Du haut level, ça faisait longtemps dans le cinéma français.
Déjà, mention spéciale pour l'ambiance et la reconstitution. Du très très bon travail, la même Marseille que dans les années 70 (après j'y étais pas, mon témoignage n'est pas non plus super pertinent), les costumes, les voitures… Un boulot très impressionnant qui participe grandement à l'immersion du spectateur dans l'histoire.
Histoire très bien menée d'ailleurs du début à la fin. On se laisse facilement entraîner dans cette poursuite judiciaire contre la French Connection, malgré deux trois longueurs qui cassent le rythme de temps en temps (je pense à la vie familiale du Juge Michel, on voit à des kilomètres que c'est là pour mettre du pathos). Mais sinon tout va bien et se déroule à la perfection.
Mais bon on ne vas pas se le cacher, la force de ce genre de film réside dans son casting. Et ici donc de la qualité : on oppose un Jean Dujardin bien loin d'OSS 117 qui incarne un juge zélé déterminé à traquer sans relâche le crime, et un Gilles Lellouche terrifiant en parrain du crime. Un jeu tout en puissance de la part de Jean Dujardin qui génère un charisme impressionnant (et ses favoris n'y sont sans doute pas pour rien). Du côté de Lellouche on est plus dans la finesse en revanche. Deux jeux bien différents mais qui se marient à la perfection au coeur d'un polar à l'ambiance électrique.

Mais voir La French comme un simple film français qui aurait vocation à raconter une histoire vraie, c'est mal connaitre le cinéma français. Loin de là, La French c'est aussi un réquisitoire contre le règne du crime et la corruption de la police et de l'État, deux éléments omniprésents dans le film. Au travers du personnage de Gaston Deferre (qui je le rappelle a été Maire de la cité phocéenne et Ministre de l'Intérieur sous François Mitterand), ou des "condés corses" c'est une attaque à l'encontre des fonctionnaires qui vendent leur mission contre de l'argent et qui permettent aux criminels de continuer leur commerce meurtrier.
J'ai l'impression d'écrire un discours d'extrême gauche-là.

Bref, La French c'est un mélange à juste dose des bons côtés du cinéma français : bons acteurs, bonne réalisation, travail de reconstitution efficace, message profond en seconde lecture. Seul détail innovant : c'est un polar ! Et pas un énième film d'auteur pseudo profond. D'ici quelques jours va sortir L'Affaire SK1 qui dans la même veine que La French semble vouloir renouveler les cinéma tricolore.
Bravo et merci à Mr. Cédric Jimenez.

CONCLUSION

N'hésitez pas à aller voir La French, ne serait-ce que pour votre culture générale. Je recommande chaudement.
Il ne me reste plus qu'à vous dire bonne soirée et bonne séance. À la prochaine.

LE MOT DE LA FIN

Cette semaine le mot de la fin revient une nouvelle fois au magistral Alexandre qui nous dit que c'était "un très bon film, bonne ambiance d'époque. Les voitures sont belles. On voit le World Trade Center en construction".
Merci Alexandre, et à bientôt.

dimanche 30 novembre 2014

Night Call - Dan Gilroy

Bonsoir à tous, nous voilà une fois de plus à la limite des délais.
Et cette fois ci, tandis ce que tout le le monde s'est rué sur Astérix et le Domaine des Dieux, j'ai préféré me tourner vers Night Call, trahissant ainsi le cinéma franco-belge, oui je sais j'ai honte.

MISE AU POINT

Quant le réalisateur est inconnu du grand public, c'est dur de vendre un film. Et en plus si le rôle principal est inconnu aussi, il ne reste plus qu'une seule solution : les producteurs.
Car c'est comme ça que Night Call (Nightcrawler en VO, parce qu'en France on aime bien traduire les titres anglais en anglais) a été vendu : il a été annoncé comme étant produit par les mêmes producteurs que Drive de Refn.
Et c'est vrai, comment ne pas penser à Drive en voyant la bande annonce qui nous laisse entrevoir une Los Angeles de nuit et de sombres affaires criminelles ?
Pour en revenir aux acteurs/réalisateurs : Dan Gilroy est l'homme qui a réalisé le controversé Jason Bourne : l'héritage et Jake Gyllenhaal s'est récemment illustré à l'affiche de Enemy un mois plutôt cette année.
Des producteurs a priori performant, un réalisateur régulier, et un acteur qui monte : voici l'équipe de choc qui vous apporte Night Call.

DÉVELOPPEMENT

Night Call raconte l'histoire de Lou Bloom chômeur étrangement trop chaleureux, prêt à tout pour gagner en reconnaissance sociale. Sa quête acharnée de travail l'amènera finalement à devenir pigiste indépendant : c'est à dire sortir la nuit armé d'une caméra pour filmer les crimes urbains et les vendre au chaines locales avant le JT du matin.
Un scénario très original signé Dan Gilroy. Souvenez vous bien du scénario car c'est là que réside le plus grand avantage du film.

Car Night Call est un très bon film, c'est certain. Présenté comme l'héritier esthétique de Drive, il endosse bel et bien ce rôle. L'aspect visuel du film est réellement similaire à celui de son grand frère, mais arrive pourtant à s'en détacher légèrement en jouant sur des aspects lumineux parfois bien plus sombres que ceux de Michael Refn. Le travail lumineux est effectivement au coeur de la réalisation : l'essentiel des scènes se déroulant de nuit, chaque emplacement géographique a un univers coloré bien unique et plus ou moins chaleureux : les locaux de la chaine de télé sont brillamment éclairé créant une impression de sécurité, les rues de LA sont recouvertes de lumières jaunes ou plus colorées émanant de néons et dévoilant ainsi une ambiance calme mais légèrement angoissante, les scènes les plus violentes sont légèrement plongées dans la pénombre renforçant l'aspect glauque ; pour les scènes de jours, l'appartement de Lou Bloom est d'un gris fade qui laisse le spectateur dans une neutralité dérangeante et froide face à la tanière d'un personnage déjà extrêmement perturbant.
En effet, au coeur de ce film à l'ambiance onirique et à la réalisation audacieuse, se trouve un personnage principal d'ores et déjà d'anthologie. Incarné par un Jake Gyllenhaal au top de sa forme, Lou Bloom est un individu qui se force à être souriant et aimable pour cacher sa profonde psychopathologie. Sadique, violent, calculateur, sans pitié, dépourvu d'émotion, Loo Bloom évolue au milieu d'individus qui vivent la situation à 100% (son associé, l'inspecteur, la directrice de diffusion). Mais malgré ce côté profondément terrifiant, le jeune pigiste n'a qu'un seul objectif plutôt surprenant : la reconnaissance sociale. Et si cela implique de filmer des gens agonisant, ou des immeubles en feu, qu'à cela ne tienne. Le jeu physique et mental de Jake Gyllenhaal n'est pas sans rappeler la performance de Javier Bardem dans No country for old men où il incarnait un tueur semblable à une machine à tuer infatigable. Et puis il a un petit air de Desmond dans Lost qui fait légèrement sourire de temps en temps. Il m'a aussi fait penser dans une moindre mesure à Mathieu Amalric dans L'Amour est un crime parfait (critique disponible sur Bullshit Ent), mais j'avais revu le film récemment donc ce n'est pas trop objectif. Tout ça pour dire que Lou Bloom constitue la pièce maitresse du scénario.
Revenons au scénario donc. Ce film part clairement en croisade contre les médias de bas étages, le breaking news, et la télévision et ses acteurs au sens large. Véritable réquisitoire contre le petit écran, le film ne cache pas son propos : il est clairement répété que les différents personnages mercantilisent la mort et la violence, quitte à enfreindre toutes les limites de la vie privée. Au delà de cette analyse brute, le film attaque également cette société de surconsommation hédoniste qui se gargarise dans la souffrance des autres qui devient un bien mercantile comme les autres. La critique s'adresse également aux pigistes et aux chaines de trashnews intéressés par l'argent qui prolonge ce mode de consommation, véritable jeu du cirque moderne. Une belle pique du cinéma envers la télévision qui semble être sur la voie de la mort lente et douloureuse (j'ai fait mon TPE dessus, je sais un peu de quoi je parle). 

CONCLUSION

Petite pépite de cette fin d'année, Night Call est un film à voir absolument qui présente un réel intérêt technique, scénaristique, et moralisateur. Cynique et profond, le film offre une belle critique des déboires de la télé, mieux que n'importe quel autre grosse production hollywoodienne.
Jake Gyllenhaal s'inscrit sur la liste des acteurs à suivre à tout prix, et Dan Gilroy se rachète après un précédent film plutôt moyen.
Et quand aux fameux producteurs de Drive, ils semblent encore avoir parié sur le bon cheval.

Bonne fin de soirée et à bientôt.

LE MOT DE LA FIN

Ce soir le mot de la fin revient à la talentueuse Alix qui a reconnu avoir "aimé les plans de nuits, la lumière, et les jeux de couleurs" mais également "la dégradation progressive du héros".
Un avis plutôt positif donc, merci Alix.

dimanche 23 novembre 2014

Hunger Games 3 : La Révolte Partie 1 - Francis Lawrence

Bonsoir tout le monde.
Souvenez vous : il y a un peu moins d'un an vous lisiez la critique bullshitienne d'Hunger Games 2 : L'Embrasement de Francis Lawrence. Cette critique n'était pas une simple critique puisqu'elle marquait le commencement d'une nouvelle ère : celle de Bullshit Ent (pour ceux qui n'ont pas suivi au fond, cela signifie que c'était le premier article).
Nous voilà donc 11 mois plus tard, et, après une attente plus ou moins longue, arrive la suite de ce film qui avait engendré ce site.

Préparez les violons, les fondus au blanc, et les ralentis : la critique d'aujourd'hui est placée sous le signe de la nostalgie.

MISE AU POINT

Hunger Games, sans nul doute la saga hollywoodienne qui doit porter la nouvelle générations d'ados attardés assoiffés de culture. Car oui, voilà quelques années que Harry Potter a rendu son dernier souffle, et que les studios du monde entier cherchent une nouvelle poule aux oeufs d'or.
Adaptée des livres du même nom, c'est donc cette série qui prend le relai. Lancée par un premier film très concluant, suivie d'un second opus tout a fait remarquable, la saga semble avoir de beaux jours devant elle.
Surtout qu'elle est portée par la jeune et belle Jennifer Lawrence, nouvelle petite reine du cinéma américain.
La trilogie marche tellement bien que les studios nous ont fait une "Relique de la mort"(du nom des derniers films Harry Potter : le fait de diviser le dernier opus en deux parties - terminologie Bullshitiennn) pour le dernier film !
Qu'en est il donc de la première moitié du dernier composant de Hunger Games ?
Réponse maintenant.

DÉVELOPPEMENT 

Dommage Hunger Games. Dommage.
Tu y étais presque : un peu plus et ta saga entrait dans l'Histoire du cinéma comme une trilogie tout a fait acceptable.
Mais non, tu as voulu faire une "Relique de la mort" ; tu as voulu prendre un risque. Mais je comprends, le défi était tentant : réussir là où Harry Potter a échoué, diviser un film en deux parties excellentes toutes les deux.
Mais tel Icare, tu es tombé ; "tu as brulé tes ailes de geai moqueur" te dirait le Président Snow.

Où sont les fautes alors ?
Trop long et pourtant trop court : tu ne dures que deux heures (environ), et tu ne nous racontes quasiment rien.
Deux heures pour nous dire que Katniss est la nouvelle idole de la Rébellion, qu'elle préfère Peeta finalement, et que le Barrage est détruit. Bravo.
Alors oui, on savait qu'il n'y aurai pas de Jeux dans ce Hunger Games 3 : La Révolte Partie 1 (ton titre est un peu long aussi, change-le), mais bon, on s'attendait tout de même à mieux. Seulement une demi-douzaine d'explosions alors qu'on nous parle de guerre. Gale et Peeta doivent apparaitre 15 minutes cumulées à l'écran alors que ça fait deux films que tu nous bassines avec ce triangle amoureux impossible.
Tu t'es perdu Hunger Games, avec ce troisième opus tu as voulu jouer sur des aspects scénaristiques que tu ne maitrisais peut-être pas assez.
Et honnêtement, on reste sur notre faim. Sauf qu'on a même pas commencé à manger. Tout s'accélère subitement dans les dernières minutes, qui constituent en vérité à elles seules le gros du film, et là paf : tu nous plantes sur un générique super long. Je comprends bien que t'aies envie de nous faire ouvrir nos portes monnaies pour aller voir le prochain film, mais quand même, là tu ne peux pas être sérieux.

Et que c'est-il passé avec ton casting ?
Pourquoi Jennifer Lawrence est une fois sur deux dans l'excès ? Elle qui vendait le film avec tant d'ardeur pourtant. On croit difficilement à ses pleurs redondants et à ces crises de paniques, et les séquences "entre soeurs" peinent à nous arracher des larmes.
Film, tu avais Philip Seymour Hoffman dans tes rangs. Tu pourrais arrêter de faire n'importe quoi avec ton Philip Seymour Hoffman ? Dans le dernier film il était d'une froideur à toutes épreuves, infatigable, terrifiant ; et là c'est une parodie de Goebbels qui a peur quand les bâtiments tremblent légèrement.
Je ne ferai pas de commentaire sur Julianne Moore, qui doit avoir besoin de manger elle aussi.
Heureusement que Woody Harrelson et Natalie Dormer (qui n'apparaissent pas plus que ça, dommage) remonte légèrement le niveau. Et également Donald Sutherland, classy as fuck.

Film, tu arpentes les voies sinueuses du foutage de gueule : tu nous as pondu une première partie assez moyenne pour mieux vendre la suivante. Alors oui, je vois bien qu'au fond tu avais vraiment de la bonne volonté : en témoignent les quelques astuces de réalisation parfois bien trouvée de Francis Lawrence (le seul homme qui te cale dans un film la bande annonce de ce même film).
Hélas, tu as échoué, malgré tout le coeur que toi et ton équipe ont pu mettre dans cette moitié, elle reste trop ennuyeuse.

Pourquoi après de si bons débuts t'écrases-tu maintenant ? Tu semblais si prometteur l'année dernière…
Ta dernière chance sera dans un an, et la prochaine fois je serais sans pitié.

CONCLUSION

Pas la peine d'aller voir HG3LRP1 (petite astuce), pas la peine de le voir tout court en fait. Attendez un an et allez voir la seconde partie, de toutes façon vous n'avez rien raté.
Ni bon ni fondamentalement mauvais, le film est juste profondément ennuyeux.

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne soirée, et de vous dire "l'année prochaine !"

BTW : Hier c'était l'anniversaire de Scarlett "Lucy" Johansson, vous n'avez pas été invité ? Nous non plus.

lundi 10 novembre 2014

Interstellar - Christopher Nolan

Hello les gens, c'est Seb avec un jour de retard.
Bref, hier je suis allé voir le dernier film de Christopher Nolan : Interstellar. Vous en avez forcément entendu parlé aux vues de toute la "hype" qu'a engendré sa campagne du pub.
Mais si, vous savez, le film dans l'espace qui ressemble à Gravity mais qui, pourtant, n'est pas Gravity.

Ca y est c'est bon ? Nickel, lancez la critique.

MISE AU POINT

Christopher Nolan. Personnalité en vogue du cinéma moderne, le magazine Studio Ciné Live lui a consacré un article de comparaison avec Stanley Kubrick récemment, bref il "pèse dans le game" comme disent les jeunes de nos jours.
Mais qui est vraiment Mr. Nolan me diriez vous ? Et bien c'est l'homme derrière le légendaire Inception que tout le monde a adoré sans trop savoir pourquoi (très bon film, recommandé par Bullshit Ent. ©). Mais il est aussi à l'origine de la saga du Dark Knight qui se consacre à Batman dans trois opus inégaux.
Bref, Christopher Nolan semble être une valeur sure du cinéma hollywoodien, et le voilà à la tête du nouveau film spatial du moment. Un projet prometteur donc.

DÉVELOPPEMENT

Quid de ce Interstellar donc ?
Dire qu'il a fait couler de l'encre sur la toile serait un euphémisme. Tout le monde y va de sa critique personnelle, quitte à ne pas prendre de gants. Une chose est sure, Interstellar a su marquer les esprits, en bien comme en mal.

Mais sur Bullshit Ent, nous ne sommes pas là pour nous fondre dans la masse de critiques acerbes ou euphoriques, non ici on se veut objectifs et concrets.

Avec Interstellar, Nolan vise haut, très haut même puisqu'il consacre son film à l'espace et à la physique quantique. Rares sont ceux qui ont exploré le sujet et en sont revenus indemnes, souvent les films spatiaux recueillent des avis très partagés (Gravity, 2001 L'odyssée de l'espace). Penchons nous déjà sur le sujet : l'espace, certains ont peur d'y penser, d'autres ne le quittent jamais des yeux. La voute céleste n'est donc inconnue pour personne sur Terre, et vous devez tous avoir des connaissances basiques sur le sujet.
Mais la physique quantique alors, qu'est ce que c'est que ça ? Heureusement pour nous, Wikipédia est là pour nous aider :

                         "La physique quantique est l'appellation générale d'un ensemble de théories physiques nées au xxe siècle qui, comme la théorie de la relativité, marquent une rupture avec ce que l'on appelle maintenant la physique classique, l'ensemble des théories et principes physiques admis au xixe siècle."

Okay jusque là tout va bien, on continue l'exploration :

                          "D’après les théories classiques de la physique, un corps noir à l'équilibre thermodynamique est censé rayonner un flux infini."

C'est bon, Wikipédia nous a perdu, bien tenté tout le monde.

Mais ce petit détour par l'encyclopédie en ligne vaut son pesant d'or : Christopher Nolan s'attaque ici à un sujet extrêmement complexe, inaccessible pour les pauvres spectateurs que nous sommes (oui sauf toi bien sur, désolé). Comment simplifier un sujet si vaste ? Va-t-il y arriver ?
Non.
Et c'est le principal reproche qu'on pourrait faire au film : si vous n'êtes pas astrophysicien (ou que vous êtes astrophysicien mais que vous faites le choix d'aller aux toilettes pendant le film) vous ne comprendrez pas grand chose à la logique scientifique du film.
Est-ce vraiment un problème ? Dans un sens oui, surtout quand on sait que Mr. Nolan a fait appel à de vrais astrophysiciens pour s'assurer que ces élucubrations astronomiques tenaient la route. Donc j'imagine que oui, elles tiennent la route. Mais pour comprendre en quoi un trou noir altère la relativité temporelle d'une planète à l'autre, bonne chance.
De ce fait, le film perd assez vite son spectateur dans ces phases de blabla scientifique, et le film dure trois heures ! Que faire quand on est déjà perdu au bout de une heure et sept minutes ?

Cependant, Christopher Nolan a tenté le tout pour le tout : la complexité des aspects astrophysiques de son film lui ont permis de pousser le potentiel scénaristique le plus loin possible. Et alors là, il dépasse les limites. Sans être révolutionnaire, Christopher Nolan apporte un scénario fascinant rempli de théories quantiques incompréhensibles mais qui pourtant ne posent aucun problème. Pourquoi ? Et bien, de toutes façons c'est de la fiction alors tant que le tout semble cohérent, je suis prêt à le croire.
La rigueur scientifique couplée à la liberté scénaristique ont permis à Nolan de faire passer les trois heures de film sans problème. Bravo au maestro.

Sans considérer ses plots twists titanesques, le script présente d'autre aspects intéressants : la question de la survie de l'humanité, des relations entre les individus, de la cohésion de notre Espèce.
Bon Dieu monsieur Nolan, mais laissez nous souffler.

Le rythme est agréable, avec des parties calmes et posées, et des passages plus rapides qui nous tiennent en haleine sans trop forcer. De plus la narration est en deux temps : les héros dans l'espace et les héros sur la Terre.
Le film se veut sans doute humaniste : prouvant la capacité de l'humain à survivre quoiqu'il arrive. Mais il en dresse aussi un portrait parfois sévère : l'humanité s'est condamnée elle même, et certains personnages représentent les aspects les plus noirs que nous présentons.
Ici rien de quantique ou scientifique, mais plus philosophique.

Pour revenir sur l'écriture en détail, on applaudit volontairement le peu de personnages que présente le film : le héros (joué par Matthew McConaughey) est charismatique comme il faut, le rôle féminin est lui aussi admirable, même si peut être trop simpliste (ici c'est Anne Hataway). Les personnages secondaires ne sont pas sans réserves et sans un certain poids scénaristique et une valeure symboliques certains (notamment les robots, ils sont cools les robots).

Dans un autre temps, on a salué l'aspect visuel du film.
Et là effectivement on s'incline. Interstellar va au delà de toute espérance. Une vision de l'espace cyclopéenne, c'est grandiose, c'est beau.
Je m'exalte.
L'univers graphique et la direction artistique (vis à vis des planètes et trous noirs) sont d'une grande qualité, mais je n'ai hélas pas le niveau pour développer, je m'arrête là.

Finissons par la prestation des acteurs.
Je ne connaissais pas Matthew McConaughey, sorte de Benedict Cumberbatch survirilisé, mais j'ai été agréablement surpris par son jeu tout en puissance mais non sans quelques scènes sérieusement touchantes. Surtout dans sa façon de jouer le père triste et désemparé loin de sa fille. Bravo Matthew, tu gères mon vieux, tu gères.
Anne Hataway, correcte comme d'habitude, pas de surjeu pas d'inégalités. Elle reste à sa place et mène son rôle de manière admirable. Aucune erreur, on applaudit.
Et quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous découvrimes Matt Damon ! Tu t'étais bien caché hein ? Loin du marketing et de la pub. Une bonne surprise qui rappelle qu'il reste un des acteurs majeurs de sa génération, même dans un rôle secondaire.

Plus rien à dire, on  passe à la conclusion.

CONCLUSION

Interstellar ne rénove certainement pas les grande cordes scénaristiques du cinéma spatial. En revanche il les maitrise extrêmement bien, et c'est cela qui constitue sa qualité. Si les énonciations scientifiques sont bien au delà du compréhensible, Nolan donne un rythme agréable à son film, soutenu par un aspect visuel magnifiques. Les acteurs portent l'ensemble à merveille.
Un bon film, qui n'est pas à mes yeux "une horreur dans la filmographie" de Christopher Nolan.
À voir si vous avez le temps, sinon regardez le plus tard tranquillement un dimanche soir en streaming.

Merci beaucoup, à bientôt et bonne séance.